cognitive dissident (ariael) wrote,
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we came like water, we'll go by like wind

Il faudra quitter cette ville...
En 1978, pour Guy Debord Paris était morte déjà, un extrait d'un film ancien reprend une vieille rengaine "notre jeunesse est morte et nos amours aussi", des images fixes de vues aériennes de la ville de jadis, sans traces apparentes de modernité, accompagnent son commentaire ( La société du spectacle, l'oppression et l'aliénation moderne, les fables contées par le cinéma, son Paris disparu, son engagement, son action passée et ses motifs, sa responsabilité; pas d'histoire, une narration sur des images de Venise, au fil de l'eau une narration qui ne raconte que Debord lui-même)

Pour moi aussi, retrouver Paris n'évoque que les vestiges d'une époque révolue portée par le spectacle de vestiges sur lesquels je suis laissée à me recueillir. Un rendez-vous sur les ruines habité par les souvenirs de ce que nous étions alors. La nostalgie portée par les lieux où des fantômes d'êtres chers côtoient les versions antérieures d'un soi révolu. J'ai toujours été disposée au sentiment de l'écoulement du temps, et son observation m'a aussi permis de trouver un apaisement dans le sentiment de permanence qui demeure et complète le processus incessant par lequel nous perdons chaque chose en chaque instant, en chaque lieu chacun. Nous ne nous baignons jamais dans le même fleuve, nous ne foulons jamais le même sentier. Toujours il bifurque et toutes les voies disparaissent en menant quelque part disparaissant. "En menant quelque part disparaissant" comme la mauvaise traduction d'un mot d'une langue disparue, qu'un auteur malicieux s'amuserait à évoquer.

Nous aimons à penser que nous avons connu en nos nuits cette ville si libre.C'est cette ville passée que nous parcourions, ses rues anciennes et familières que nous aimions renouveller d'une histoire commune et particulière, un passé inventé de toutes pièces en réponse à celui de qeux qui nous y avait succédés. Etait-ce la ville où la manière dont nous l'appréhendions? C'était le charme cultivé, l'effort d'une mystification à laquelle nous participions, liant une époque à un lieu, un acte à un décor, perpétuant le mythe de la jeunesse et de Paris.
Ici puis ailleurs... Il y a tant de parler et tant de silence, tant de départ et tant de retour. Il faudra quitter cette ville... et l'ennui qu'on y cultive avec un goût légendaire. Comme l'exil est devenu nécessaire: je ne saurai plus vivre ici maintenant, ou à la seule condition de la distance promise et anticipée. "Nous tournons dans la nuit et nous sommes dévorés par le feu". In girum imus nocte et consumimur igni (1978). We spin around in the night, we are consumed by fire.
Il y a toujours un homme ici, pour s'asseoir sans y être invité et me regarder fixement en attendant une réponse, un homme qui répète que j'ai l'air fatigué quand je cherche l'isolement, et écrit mentalement, décrit pour moi-même l'état de mon âme; un homme qui au prix de son insistance extorque le mépris. Rien ne lui permet de forcer sa présence, tout nous sépare, son humanité me paraît bestiale et j'accorde plus de prix à mes divagations intellectuelles qu'à sa vie. Je contrôle ma violence et l' exprime par le spectacle de mon indifference. Je tente de demeurer dans l'état où le film m'a laissée.

We spin around in the night we're consumed by fire
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